Le World Press Photo de Amsterdam à Montréal

L’exposition des lauréats du World Press Photo se déroule au Marché Bonsecours 325 rue de la Commune dans le Vieux Montreal du 8 septembre au 2 octobre 2011. Michel Puech, journaliste à « La lettre de la photographie » commente pour Montréal-Facile cette édition 2011 du plus célèbre concours de photojournalisme dont il a suivi, à Amsterdam, la remise des prix.

word press photo 2011

Les 6 et 7 mai 2011, les membres du jury, les photographes gagnants du 54ème WPP, leurs meilleurs amis et néanmoins concurrents, plus quelques uns de leurs clients, se sont retrouvés à Amsterdam, pour la remise des prix de la compétition photographique la plus connue du grand public grâce à son exposition itinérante.

Jodi Bieber, une jeune photographe sud-africaine a reçu samedi 7 mai, à la Muziiekgebouw sur le port d’Amsterdam, les félicitations de HRH Prince Constantin des Pays-Bas, un chèque de 10 000 euros de Maurice Lacroix parrain du World Press Photo et le dernier boitier Canon. La photographie publiée sur la couverture de Time Magazine avec le titre « ce qui se passerait si nous quittions l’Afghanistan ! » a beaucoup choqué.

Le menton, le nez, les oreilles et les yeux…

world press photo 2011 Bibi Aisha

Grâce au Thalys qui relie Paris à Amsterdam j’ai loupé les premiers shows. Alain Frilet – déjà ancien co-fondateur de la toute nouvelle revue française 6mois – me fait un résumé rapide : « Impressionnant la photo du toréador encorné par le menton de l’espagnol Gustavo Cuevas. Ce cliché lui a permis de faire connaitre son travail. Ici, à Amsterdam, grâce à une seule photo, des reporters ont peut-être l’unique chance de montrer leur travail à leurs confrères. Ça les aide à situer leur production par rapport au reste du monde. »

Mais encore ? Intéressant le cinéma nomade d’Amit Madheshiya. “Une remarquable série” ajoute Alain Frilet, appuyé par Olivier Laban Mattei de la nouvelle agence française Neus Photos.

Tout le monde est sorti devant la salle, sur le Keizersgracht, un petit quai ombragé typique d’Amsterdam. Il fait beau, les fumées bleues des innombrables cigarettes – tabac uniquement – s’élèvent vers le ciel aussi beau que les yeux de Bibi Aisha, la jeune afghane mutilée, nez et oreilles coupés, pour avoir quitté le domicile conjugal. Un portrait qui mène Jodi Bieber, une jeune photographe sud-africaine sur le podium.

Une chose est de montrer la violence du monde à chaud, dans le feu de l’action, en reportage, pour rendre compte et montrer l’état du monde, une autre est de figer le temps de cette violence, de la mettre en scène, de la livrer à la pitié du monde. La compassion, c’est accepter la violence subie par l’autre, c’est lui renvoyer l’image de cette violence. C’est une démarche mortifère qui enferme le regardé dans sa douleur. Nietzsche décrit la compassion comme une double peine.

D’accord avec le philosophe allemand, je n’étais pas très fier de me promener avec, au cou, une image de Bibi Aisha…Mais quelques heures plus tard, je sautais dans un taxi pour revenir à mon hôtel.

Le taxi était afghan

« Après tout… » me dit-il, en souriant obséquieusement, « Elle l’a peut-être méritée ! » Stupéfait, j’ai rétorqué : « Mais, son mari lui a coupé non seulement le nez, mai aussi les oreilles qu’on ne voit pas sur la photo ! « Il me regarda dans le rétroviseur : « Mais si elle a fauté avec le meilleur ami de son mari… ! » Je suis resté muet.

Une photo peut-elle encore aujourd’hui changer le monde ?

Jodi Bieber semble en être encore persuadée, malgré les attaques dont elle a été la cible pour cette image. Lors de son très long discours de remerciements à la grande soirée de remise des prix, elle se justifiera en répondant point par point, techniquement et moralement, à ses contradicteurs.
Si sa sincérité m’a convaincu, j’ai conservé jusqu’à aujourd’hui une réserve, accentuée par la projection de l’image de Bibi Aisha avec son nouveau nez artificiel, tout sourire, mais mal photographiée à New York.

« Si dans dix ans vous me demandez ce qu’était le WPP 2011, je vous répondrais comme aujourd’hui en vous disant mon immense tristesse que Tim Hetherington et Chris Hondros ne soient pas avec nous. Tim, surtout était un ami… » La voix de Michiel Munneke, directeur du WPP, se brouille dans le téléphone, et il ajoute : « Je n’oublie pas non plus votre compatriote Lucas Dolega. Au moment de cette conversation téléphonique, nous ignorions encore qu’Anton Hammerl avait également trouvé la mort en Libye. »

Tous les photographes rentraient le lendemain matin après la fête finale, à Londres, à Bruxelles, New York ou Paris. Beaucoup allaient repartir immédiatement en reportage, risquer leur vie pour que le monde continue à se regarder dans les yeux, sans tricher.

Michel Puech

Exposition à Montréal
Marché Bonsecours 325 rue de la Commune – Vieux Montreal
8 septembre au 2 octobre 2011 Tous les jours de 10H à 22H
www.worldpressphotomontreal.ca/fr/
www.worldpressphoto.org
Tarifs (taxes et frais de service inclus)
Général 12$
Étudiant 8$ – (moins de 25 ans)
Moins de 12 ans: gratuit

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